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A l’intérieur des espaces investis, se forme des zones fictionnelles (1) sur laquelle se développent des ensembles organiquement liés par des parties autonomes. Chaque partie est une sculpture poreuse, chargée de la même substance qui les compose toutes. La substance est issue d’un passé préindustriel qui s’établit dans un futur proche au climat politique dominé par les logiques d’analyses du comportement, de performance et de mobilité d’entreprise. Un lieu où les mythes et légendes n’ont plus leur place.

La zone est celle dans laquelle on vit, votre maison, celle que l’on transporte en soi, votre conscience, celle que l’on traverse, la ville, qu’on ingère, votre nourriture, que l’on contient, vos organes, ou ce qui nous compose, vos atomes. Elle est celle d’une traversée qui engage le corps dans un espace instable.

Chaque territoire tel qu’il est, peut-être conquis par cette réalité étrangère. Toutes les espèces compagnes (2) mis à mal par la structure humaine dominante sont les bienvenus dans ces zones, qu’ils soient non-humains, vivants, non-vivants pour ainsi envisager de nouveaux dialogues.

À travers chaque nouvel ensemble j’attache de l’importance à la manière de faire, à celle des bons gestes, à choisir la bonne technique et les bons collaborateurs, oubliés de la chaîne de production. Les matières qui constituent les pièces sont organiques, fleurs, miel, propolis, chêne, spiruline, résine de pin et produits de l’industrie, silicone, inox, béton, fibre de bore, toile de cuivre, verre. C’est précisément dans ce processus d’addition et de confrontation paradoxale de matériaux aux propriétés dissonantes que se forment simultanément poison et antidote; un exercice qui tiraille l’intérieur des sculptures; entre l’effondrement de leur intégrité et la nécessité d’avoir une apparence séduisante.

Les sculptures qui jonchent les espaces parasités sont des leurres, formes accueillantes, elles sont pétries par l’ambiguïté de leur véracité. Au centre de leur conception élémentaire chacune peut être un piège porté par la violence du pouvoir exercé. Les idéologies anthropocentrées qui les composent sont détournées (3), il s’agit d’user de décalages comme le déplacement géographique et symbolique. Les matériaux sont invités à dialoguer avec chacune de leurs propriétés intrinsèques, couplés et sabotés, leur nouveau fonctionnement vient déranger le réel. Teintés d’hybridations de corps humains, de métiers, d’outils et de matières. Une fois installés dans une situation, ces éléments semblent s’y greffer et proposer le récit d’un syncrétisme.
(1)        Là où sujet et objet, intérieur et extérieur, humain et environnement, langage et monde ne sont pas séparés, selon les théories du matérialisme spéculatif développé par Quentin Meillassoux et Graham Harman.
(2)        Selon le terme employé par Donna Haraway dans son livre Manifeste des espèces compagnes parru en 2003.
(3)       Selon les critères de Guy-Ernest Debord et Gil J. Wolman dans le Mode d’emploi du détournement, paru dans les lèvres nues n.8 de mai 1956.
"Entrons sans protection.

D’abord, le cyanure s’écroule mollement sur les champs, aspirées par le courant, des coagulations de feuilles édentées dérivent. Ça turbine dans l’eau. La terre à son contact se transforme en une mélasse visqueuse, noire. Des groupes d’insectes naufragés tentent de s’échapper dans l’interstice des pavés. C’est le tohu-bohu. La masse vrombissante formée par les frelons et les figuiers de barbarie prolifèrent dans les débris. Le cyanure non assimilé par la nature poursuit, avec la pluie, sa route vers la nécropole des insectes. De leur côté, au pied des pins, les ouvrières cyanurées se gavent du nectar des fruits, engluées dans leur ivresse, la ruche les appelle, mais l’excitation à son comble les empêche de décoller.

Avançons dans le paysage menaçant.

Promenade express au cours de l’eau, descente maximale de l’amont vers le verger des délices. Au loin, séparée par un trait périphérique la zone centrale nucléaire. Zone travail, coeur lesté extérieur. Zone auto-entrepreneur, ambiance ouvrier du mois. De son côté l’humain foule le bitume, lui aussi se gave, virage dans le supermarché des caprices. Au centre des rayons, il préfère les articles au milieu. Il n’en a que faire des stratégies commerciales, il est pressé, il va vite. À vrai dire, il ne se pose même plus la question. Le logo, les couleurs le séduisent, ce soir c’est 30 secondes au micro-ondes, basta. Au pied de ces sneakers brandées marque américaine fabriquées made in Taiwan achetées bought in Paris, un pot se fracture et s’écoule. Aujourd’hui, il comprend. Il est abeille et scande : victoire tout est cyanure.

Sortons à la recherche de l’antidote.

Destruction de la flore par absorption de pilules. Il cherche la lumière qui parasite les ombres portées noires en ombres projetées blanches. Les choses industrielles c’est beau à l’extérieur, mais ça fonctionne pas à l’intérieur. C’est le temps de la démonstration. Il ne comprend pas tout, mais devine, il essaye. Dans le coeur du coeur de là où il ne veut pas être, disque dur, architecture de réseau, les balles sifflent, double impact coeur-poumon ça fait mouche. Il nage dans le souvenir. Les outils abandonnés ça aide. Il prélève profondément une carotte, une mèche perfore les couches de terre et laisse transparaître les strates de la maladie. Il met une marque : ici zone numéro tant.»